Il est fréquent que je rebondisse sur un article qui m'a semblé traduire certaines de mes idées sur un sujet que je n'aurais pas autrement considéré puis abordé. Ici, il apparait en annexe, comme d'habitude…Ce carnet fut entamé le 24 de ce mois et lorsque j'y reviens 10 jours plus tard le flot normatif devenu crue m'emporte et je ne peux plus nager assez vite pour suivre ce courant. Et je n'aborderai donc pas vraiment ce sujet, et d'abord quel sujet ?

Dans l'actualité, la liste est longue et il convient de faire des choix.

Un des plus rigolos : une "jauge" de trente fidèles par lieu de culte, j'allais écrire établissement. Ainsi on peut entasser 30 fidèles-objets du culte dans une chapelle de campagne à condition de…mais le même nombre dans la cathédrale d'Amiens.

Un des plus tristes mais rigolo quand même : l'organisation en vrac, c'est le cas de le dire d'une compét entre petits commerçants de produits alimentaires et grandes surfaces qui vendent tout.

Un des plus consternant : les protocoles à la pelle, en veux-tu en voilà, 4 m2, non 8 m2, masque à la maternelle, non quand même, faut pas pousser, mais en primaire obligado, c'est dans ces classes que s'élabore la citoyenneté; enfin un peu jeune pour les caricatures de qui vous savez.

En fait, j'arrête car la liste s'allonge et à la façon d'une plante qui n'en finit pas de fournir de nouvelles fleurs –de bêtise- souvent d'ailleurs en continuation d'une sottise existante. Ainsi sur la "jauge" des lieux de culte on s'enferre, persiste et signe, pendant je ne sais plus quel temps perdu, et de messes dans la rue et il faut que je ne sais quelle instance du monde catholique recourt au Conseil d'État pour qu'enfin le sous-benêt Castex réalise (ou pas) sa sottise et obtempère. Cette histoire est tellement navrante et tellement révélatrice. Dire que Castex énarque comme il se doit nous est présenté comme un modèle de bon sens.   

Une assez bonne et un peu rigolote : Une préconisation du célèbre Delfraissy suivant en cela Castex,encore lui, sur les sorties d'école, est qu'il serait judicieux qu'au repas de Noël papi et mamie mangent leur buche à la cuisine et sans doute le reste du repas. Manier l'irrespect et la sottise à ce niveau relève du grand art.

Sujet cher à mon cœur la décision de fermeture des stations de sports d''hiver et sujet délicat car s'y trouvent mêlés ski-espace-plein air et vie ordinaire (restaurants) et vie nocturne. Les restaurants, il est possible de trouver en journée des solutions par beau temps mais la vie nocturne doit se plier aux restrictions réglementaires ; puis il faut en informer la clientèle et les saisonniers. Pas assez simple car il est encore plus simple (simplet) de fermer tout. Pourquoi se cailler le lait à réfléchir sur ce qu'on édicte. Scrogneugneu. Mais je suis sûr que le sous-benêt alerté par les professionnels prendra les bonnes décisions. Peut-être.  

Et tant d'autres encore !

En fait, j'arrête puisque mon propos n'était en réalité* que de présenter l'article de Julia de Funès.

Bonne lecture et pardonnez ma paresse.

 *de nos jours on dit "effectivement", en dessous de 4 par phrase on ressent un manque.

 30 novembre 2020

 

Julia de Funès: La lutte contre le Covid a déchaîné la pulsion légalomaniaque française      24/11/2020

Cette année nous aura particulièrement montré à quel point l’administration de notre pays, elle aussi, tue. Tue l’intelligence humaine, tue l’ambition de notre pays, tue notre pouvoir d’agir, tout en permettant aux deux fléaux meurtriers les plus actuels de prospérer. L’islamisme radical est à combattre dans un cadre constitutionnel empêchant d’y mettre efficacement fin. Un virus est à endiguer mais des procédures trop longues le laissent se propager durant des mois. La bureaucratie mêlée à la légalomanie paralyse notre pays assujetti à ses normes et à ses lois davantage qu’elles ne le renforcent et qu’elles n’autonomisent la société civile.

L’obsession législative s’inquiète que nos moindres gestes ne soient prévus quelque part, dans un alinéa, une jurisprudence, un décret, une commission, une mise à l’étude, un projet de loi, une élaboration, une proposition, une décision, un appendice! Ce syndrome maniaco-procédurier, cette pulsion légalomaniaque sont amplifiés par la victimisation galopante exigeant la pénalisation de tout ce qui la menace afin de calmer le sentiment de persécution dont elle se dit la proie. Lorsque des individus n’ont plus d’autre solution pour se sentir être que de se condenser dans des groupes identitaires, et trouvent un semblant de vie à travers un légalisme punitif qu’ils ne cessent de réclamer, un mot juste devient une insulte, une critique un amalgame, une offense un préjudice.

La bureaucratie s’occupe davantage des normes que des lois. Elle vise à purger l’homme de l’humain, à remplacer le vivant parfois incontrôlable par de la sécurisation programmée dans toutes les sphères possibles: protocole médical, sanitaire, sécuritaire, procédures administratives, etc. Ces protocoles n’ont rien de légal ou d’illégal, tout en étant obligatoires.

Le but est un contrôle des comportements et un fonctionnement sans hasard des esprits. Si gagner en temps et en organisation est le prétexte invoqué de la bureaucratisation, l’effet s’avère souvent inverse à ces ambitions: perte de temps considérable, organisation désastreuse, automatismes débilitants qui transforment les esprits en ectoplasmes et les poussent à se satisfaire d’une situation dans laquelle ils n’ont pas à prendre de risque. À croire que les routes seront peu à peu plus fréquentables sans voiture, la plage sans la mer, la mer sans les vagues, les causes sans conséquences.

Notre trop-plein administratif a peur du vide normatif, cette zone grise et floue qui risquerait de laisser passer encore un peu d’inorganisation, de hasard, et finalement de vie dans nos comportements. Ce grand cirque précautionniste déambule sous les acclamations de cervelles fébriles mais satisfaites de leur bonne conscience, légitimant les ingérences de ces normes au nom de la sécurité et de la précaution. Aussi, l’hyperlégislation et l’inflation bureaucratique sont des pathologies sournoises car elles s’appliquent au nom du bien. Le mal qui leur est lié perd l’attribut par lequel on le reconnaît généralement, celui de la transgression. L’esprit borné reste englué dans ses manières de faire, dans ses mécanismes, dans ses automatismes ritualisés au point de juger qu’ils sont les seuls possibles et légitimes.

Leurs effets secondaires sont pourtant redoutables. Une restriction de liberté démocratique au nom d’un légalisme égalitariste victimaire. Une carence d’intelligence, dont seul le discernement permet de jouer avec les aléas, les contingences, et de comprendre qu’il y a parfois moins de risque à en prendre un qu’à ne pas en prendre du tout. Une perte d’autonomie et de pouvoir d’action, grâce auxquels nous sommes des personnes, des adultes, des êtres responsables, des sujets, et notre pays une nation plus active que réactive, plus entrepreneuse que peureuse. Sortir de ce formol bureaucratique ne signifie pas remettre en cause systématiquement et bêtement les règlements. C’est penser ce que l’on est censé (faire) appliquer et n’agir que si l’action fait sens.

On s’inquiète de l’intelligence artificielle qui rivaliserait avec l’intelligence humaine. Plus inquiétante encore est l’intelligence humaine qui s’artificialise très vite dès lors qu’elle applique pour appliquer, en faisant des procédures le sommet des priorités au détriment du sens et de l’urgence des situations.