Le choix de l'intitulé de ce carnet est compliqué, vous avez remarqué on ne dit plus difficile tout comme on ne dit croissant ou augmentant car tout est exponentiel, mais je m'égare.

Donc choix difficile car abondant ce qui ne peut nuire comme dit le proverbe mais est chemin de l'hésitation.

Ainsi, La sottise démagogique, De quoi j'me mêle, Ubu Ministre, Encore un Ministre incohérent…

Vous avez tous compris je vais parler de Bruno Le Maire.

Bon, je choisirai plus tard. 

Me vient l'image d'un Donald le Clown coudes écartés tenant en ses mains un grand et beau parapheur, signe du pouvoir, orné d'un très grand et beau paraphe façon gribouillis d'art moderne et en comparaison un pauvre petit Le Maire qui a simplement communiqué son oukase aux intéressés, peut-être même au téléphone ou par un Tweet comme fait l'autre. Ya pas de panache la dedans, ça fait amateur la queue entre les jambes non pas comme un exhibitionniste mais comme le toutou qui a fait pipi là où il ne fallait pas. Il ne veut pas, scrogneugneu, du rachat de Carrouf par des épiciers riches et québécois.  Avec ses sottises il fait naître des images de pataugeage pitoyable, familières dans les moqueries sur notre Ministre de la Santé et d'autres encore.

Donc, ils avaient Donald le Clown et nous avons Le Maire la Queue entre les Jambes.

Qu'en pense le public.      Les participants retenus par le Jury gagneront une mention particulière dans un carnet du Naïf. Répondez vite sur Le Naïf dans le Monde avant le coucher du soleil et le gagnant sera contacté par Delphine Ernotte qui est toujours à l'écoute des cher(e)s téléspectateurs-trices.  

Mais je m'égare. Je choisis  

De quoi j'me mêle

 Un groupe de distribution québécois, Couche-Tard, à mi-janvier souhaite se rapprocher du groupe Carrefour. Dans la presse il est dit que cela pourrait prendre la forme d'une fusion.

Le français au chiffre d'affaires de 81 milliards est capitalisé à Paris pour 12.6 milliards.

Le canadien au chiffre d'affaires de 41 milliards  à Toronto pour 22.5 milliards de capitalisation et 19.6 de bénéfice.

Carrefour et Couche- Tard expriment leur intérêt et continuent des négociations sans doute entamées auparavant.

Le propos ici n'est pas d'analyser les raisons pour lesquelles ces deux groupes souhaitent se rapprocher : c'est leur affaire.

Mais v'la tipas que le Ministre des Finances du gouvernement sans consultation des intéressés oppose un veto à cette opération en invoquant des soucis de protection alimentaire.

L'argumentation du Ministre est tellement ridicule qu'il est inutile de s'y attarder même si cela rentre dans le champ des entreprises pouvant faire l'objet d'un d'un contrôle. Ce qu'il ne fit pas.  

Et bien sûr tous les témoins crient au scandale, à l'abus d'autorité sans fondements juridiques ou économiques, de terrorisme intellectuel et non du droit.

Par exemple «C’est la manifestation d’un dirigisme absurde. On n’a l’impression d’être dans en Union soviétique ou dans une République bananière. Le Canada n’est pas la Chine.»

D'autres disent : Le maintien des emplois en France est sans doute plus sûr avec un mariage avec Couche-tard que sans.

Et les actionnaires français qui approuvaient ce rapprochement n'apprécient pas les déstabilisations boursières que provoque le veto hors de propos du Ministre. Le patron de Carrefour Alexandre Bompard, pourtant discret sur le sujet ces derniers jours se moque "Je ne relaie jamais nos promotions, mais là...", a-t-il écrit sur Tweeter, en partageant pour l'occasion une opération spéciale de l'enseigne, pleine d'ironie. "Pour les lève-tôt nos hypers ouvrent dès 7h30, pour les couche-tard http://carrefour.fr reste ouvert 24h/24. Et pour tous, -34% sur notre sirop d'érable.

Après ce bref hors d'œuvre le vif du sujet ou plutôt un nouveau sujet.

De quoi j'me mêle pas

 Ce bonhomme, Ministre de son état qui trouvait à redire au rapprochement  Carrouf- Couche-Tard avec une maladresse insigne, en admettant que certaines de ses motivations aient eu du sens, est celui qui opine du chef quand l'ogresse de la Commission à Bruxelles passe son temps à désosser EDF dans l'indifférence du Benêt en Chef qui dit qu'il souhaite conserver notre potentiel nucléaire tout en confiant le dossier de l'énergie à une écervelée notoire et fanatiquement hostile au nucléaire avec une vision de zéro nucléaire dans son cerveau de moineau, pardon, cervelle genre oblige.

Ogresse de la commission est la première image qui me soit venue mais la encore d'autres viennent, plus appropriées.

Dire Méduse serait une analogie frappante mais la méduse pétrifie ceux qui ont le malheur de croiser son regard, ce qui naturellement s'applique parfaitement au Benêt en Chef qui est pétrifié en face des décisions importantes alors qu'il navigue aisément dans le flot des affaires courantes ou viralement galopantes. Dire Gorgone complique encore l'image et donc mieux vaut oublier celle-ci.

Alors l'évidence : le poulpe ou plutôt la pieuvre, animal dont on dit qu'il a un gros cerveau aux mécanismes pour nous, pauvres pécheurs, insaisissables et qui peut se saisir de tout ce qui passe à portée de ses longs tentacules pour les arranger à la sauce Commission. La jeune pieuvre élevée en eau teutonne manifeste une autorité à tentacule rigide a contrario de la souplesse de tata Merkel et son jeune cerveau est indifférent aux dangers des eaux troubles. En privé et un peu familièrement on l'appelle Tata Ursula von der Leyen. Elle très puissante et fait exactement ce qu'elle veut avec rigidité en particulier dans un tentacule, celui de la concurrence. La commissaire Margareth Vestager comme Tata UL est très autoritaire et n'admet pas qu'on discute ses décisions.

Fusion branches ferroviaires d'Alsthom et de Siemens, niet, même pas en rêve !

Vous croyez que vous pouvez faire ce que vous voulez avec EDF au  motif fallacieux que vous êtes maitre chez vous. Niet, ce qui est bon pour vous c'est ce que moi je dis de faire. Vous allez me saucissonner votre producteur d'électricité, même que j'ai tout prévu et mon plan n'est pas discutable. D'ailleurs si vous êtes assez stupide pour fermer une centrale qui marche, je ne vois pas pourquoi je me gênerais.

Bon, je suis bonne fille, Alsthom veux racheter Bombardier, ça me va, mais faut tout de même faire un petit geste en bazardant une usine où il fabrique des TER. Me demandez pas pourquoi, j'suis pas sûre de le savoir.

Et Breton observe en somnolant. Et notre grand Benêt s'occupe à vérifier que les vaccins dorment bien au froid dans les hangars égarés.

Margareth est sympa de s'occuper de broutilles comme ces histoires franchouillardes alors qu'elle pénalise des Apple et Google avec Android dans sa musette à des niveaux milliardesques. 

La pandémie frappe le monde entier. Ursula lance un nouveau tentacule. Elle s'occupait déjà bien des sujets dans les domaines d'approbation des médicaments et vaccins mais elle s'est emparée de l'achat groupé des vaccins pour les pays de l'Union et force est de reconnaître qu'on ne pouvait guère faire autrement.  

Bien des pays dès l'abord ont sur ce marché des vaccins acheter des quantités importantes de camelote de toutes les marques possibles existantes ou à venir finançant ainsi le fournisseur et souvent contribuant à ses efforts de recherche alors que la Commission s'est cantonnée à une attitude d'acheteur pointilleux et lent se limitant jusqu'à ce que la machine des 27 ait fonctionné à des acomptes sur livraison, substantiels certes mais qui sont et restent secondaires pour les fabricants associés aux groupes qui les ont financés.

De fait Ursula est très autoritaire et déterminée mais elle ne peut s'affranchir des règles de la vie en groupe. Si de surcroit elle fait comme dit la chanson des bêtises le rappel à l'ordre justifié est immédiat.

Elle avait sans doute oublié les termes de l'accord Brexit ou peut-être l'existence de l'Irlande du Nord. Barnier doit lui aussi s'interroger sur les compétences d'Ursula. 

Un tentacule pour rire.  Il ne vient pas directement d'Ursula mais de la CJUE et concerne l'Armée Française.

Les conclusions de M. Trucmuche, avocat général près la Cour de Justice de l'Union Européenne, sont claires : "Les militaires relèvent du champ d'application de la directive 2003/88", qui fixe le temps de travail maximal, le temps de repos incompressible etc. 

Pour l'avocat général, au regard du droit de l'UE, les soldats, marins et aviateurs sont des travailleurs comme les autres, ou presque. Car dans les situations particulières que sont les Opérations extérieures (Opex - Barkhane), Opérations intérieures (Opint - Sentinelle), et les phases de préparation opérationnelle, il est exclu d'appliquer le droit du travail : dans ces cas, écrit-il, "les militaires doivent être préparés à la fatigue, à la discipline collective, à la violence de l'ennemi et à des conditions de travail rustiques.

Inutile de préciser que Trucmuche est danois donc familier des problèmes d'une armée constamment en opération. Donc il a tout de même reconnu que l'Armée Française est toujours et complètement en opération.

Cerise sur le gâteau: un pays ne suit pas les injonctions de Trucmuche, alors l'avocat procède à  un recours en manquement  qui permet à la Cour de justice de contrôler le respect par les États membres des obligations qui leur incombent en vertu du droit de l'Union. La saisine de la Cour de justice est précédée d'une procédure préalable engagée par la Commission qui consiste à donner à l'État membre concerné l'occasion de répondre aux griefs qui lui sont adressés. Si cette procédure n'amène pas l'État membre à mettre fin au manquement, un recours pour violation du droit de l'Union peut être introduit auprès de la Cour de justice.
Ce recours peut être engagé soit par la Commission - c'est, en pratique, le cas le plus fréquent - soit par un État membre. Si la Cour de justice constate le manquement, l'État est tenu d'y mettre fin sans délai. Si, après une nouvelle saisine par la Commission, la Cour de justice constate que l'État membre concerné ne s'est pas conformé à son arrêt, elle peut lui infliger le paiement d'une somme forfaitaire et/ou d'une astreinte. Toutefois, en cas de non communication des mesures de transposition d'une directive à la Commission, sur proposition de cette dernière, une sanction pécuniaire peut être infligée par la Cour à l'État membre concerné dès le stade du premier arrêt en manquement.

J'avais dit pour rire et j'ajoute en pleurer… pas de rire.

C'est toujours la même chose, vous tirez sur une ficelle et vous récoltez l'écheveau.

Mais nous avons entrouvert une petite fenêtre sur ce qu'est en réalité l'Union Européenne.

Comme à l'accoutumée, je ne suis pas satisfait de ce carnet. Il boite par déséquilibre entre un début jeux de mots et une pieuvre envahissante, un milieu au pas de course et une digression longuette.

Pour les histoires d'EDF à démantibuler, un autre carnet s'impose qui sera plus équilibré, Inch Allah.

Je joins un excellent article de l'excellent Baverez qui aurait échappé à la vigilance des lecteurs de mon journal de référence.

6 février 2021

  

                     Nicolas Baverez: «Leçons et espoirs d’une année terrible» 20/12/2020  Le Figaro

L’année 2020, placée sous le signe d’une pandémie et d’une récession historiques, restera comme un temps de catastrophe. Elle a jeté une lumière crue sur l’extrême vulnérabilité des démocraties. L’Occident s’est révélé incapable de maîtriser la pandémie, comme il a perdu le contrôle de l’ordre mondial avec les guerres enlisées et perdues et celui du capitalisme avec le krach de 2008. Mais les moments de plus grand danger sont aussi ceux où l’espoir peut renaître. L’année 2021 doit être moins celle d’une relance que d’une reconstruction. L’heure n’est pas au retour vers le passé pour réactiver le capitalisme de rente et de bulles, sanctuariser la polarisation des sociétés et la désintégration des classes moyennes, encourager les passions collectives. La priorité doit aller à l’invention d’une nouvelle donne. Or celle-ci peut se nourrir des signaux positifs qui sont apparus au milieu des calamités.

La mondialisation a fait preuve d’une étonnante résistance. Elle s’est restructurée autour de blocs régionaux mais ne s’est pas effondrée, contrairement à la désintégration des échanges et des paiements dans les années 1930. Les chaînes de valeurs complexes se sont remises en marche. Le commerce maritime est reparti. En dépit de l’exacerbation des tensions internationales sous l’effet de la nouvelle guerre froide qui oppose les États-Unis et la Chine, la mobilisation de la communauté scientifique a permis des progrès majeurs dans la prise en charge des malades et surtout la découverte d’un vaccin efficace contre le Covid-19 en moins d’un an - exploit sans précédent dans l’histoire de la médecine.

Face à un choc d’une nature et d’une ampleur inédites, la politique économique a réagi avec une force et une rapidité exceptionnelles, mobilisant dans les pays développés quelque 20.000 milliards de dollars en quelques semaines pour réassurer la chute de l’activité, de l’emploi et des revenus. Simultanément, les deux révolutions déterminantes pour le capitalisme du XXIe siècle, à savoir la révolution numérique et la transition écologique, ont vivement progressé. L’accélération de la numérisation des activités a souligné la nécessité d’une régulation des plateformes et de leur réintégration dans l’État de droit. Parallèlement à la chute de 7 % des émissions de gaz à effet de serre, les mesures de confinement ont fait émerger des modes d’organisation du travail et de consommation plus respectueux de l’environnement - du télétravail aux circuits courts -, montrant qu’il est possible de concilier performance économique et transition écologique.

La sortie de crise s’effectuera par une mondialisation régulée et non par la démondialisation

Au moment où la liberté se trouvait réduite et contestée au nom de l’impératif de la sécurité, la démocratie est loin d’avoir disparu. Parmi les pays qui ont le mieux réagi à la crise sanitaire et économique, figurent nombre de nations libres. Ils soulignent que le respect des libertés individuelles et de l’État de droit est parfaitement compatible avec la sécurité des citoyens, un État performant, une industrie forte, une innovation dynamique. Malgré la pression extrême exercée par Donald Trump, la démocratie américaine a tenu bon. Le vote des 538 grands électeurs, le 14 décembre, a acté la victoire de Joe Biden en dépit du refus obstiné de son adversaire de concéder sa défaite. L’universalité et l’autorité du suffrage universel ont résisté à la tentative de coup de force du président sortant. Les juges ont fait primer le respect du droit sur les attaches partisanes. Les chefs militaires ont maintenu les forces armées à l’écart du jeu politique. Au total, l’édifice constitutionnel et le système électoral complexes imaginés au XVIIIe siècle par les Pères fondateurs de la démocratie américaine se sont révélés efficaces pour protéger les libertés et contenir les passions collectives au XXIe siècle.

 

Longtemps passive face à la multiplication des chocs, l’Europe s’est enfin réveillée. Face à la pandémie, l’Union a adopté un plan de relance de 750 milliards qui donne naissance à une Europe économique. Elle affirme sa souveraineté technologique en se faisant le pionnier de la régulation numérique. Elle a réagi à la multiplication des agressions de la démocrature turque en décidant une première batterie de sanctions contre les responsables des forages illégaux en Méditerranée.

Les leçons pour la reconstruction du capitalisme et de la démocratie sont claires. La sortie de crise s’effectuera par une mondialisation régulée et non par la démondialisation. Les risques planétaires ne peuvent être gérés que par le renouveau de la coopération internationale. Les contre-pouvoirs, la décentralisation des décisions mais surtout la vertu des citoyens et le courage des responsables publics demeurent les garants ultimes de la liberté. Périclès rappelait à juste titre que «ce ne sont pas les pierres mais les hommes qui constituent le meilleur rempart des Cités».