Crime contre la Nation et Écocide pour qui veut

L'infamie perpétrée, perpétuée et enterrée

 

Le piège fonctionne et les mâchoires mordent. L'innocente Convention Citoyenne réclame sa livre de chair et attend que le Benêt mette sa tête sur le billot où s'exécutent les sots. Ma foi, il l'a bien cherché; on n'a pas le droit d'être aussi stupide et le coût de cette ineptie n'a jusqu'à présent représenté qu'une faible fraction de nos impôts au regard des milliards qui s'envolent comme feuilles d'automne dans le vent de la dette. Jusqu'à présent. Et puis, quand on aime la sottise, on ne compte pas.    La France est toute agitée par la facétie des 110 km/h ce qui montre la qualité et la vivacité de notre vie républicaine.

Dans ce registre mon attention s'est portée sur l'Écocide, vocable indéfini apparu dans les propositions, concept couvrant le champ de tous les possibles et ovni juridique car j'ai senti dans l'audace de cette proposition souffler le vent des grandes idées, celles qui font les révolutions et qui en sortent grandies et triomphantes.

Mon caractère scrupuleux et scrutateur m'a conduit à rechercher un équivalent qui qualifierait et s'appliquerait à un Crime contre la Nation.

On trouve de la matière dans notre cher Droit (vous savez, celui de l'État du même panier) et mon attention a retenu le premier d'entre eux : l'Atteinte aux Intérêts Fondamentaux de la Nation.

C'est un crime.

Après quelques hésitations j'ai choisi, dans ce carnet solennel d'associer les deux en proposant ici, sans trancher : Crime contre la Nation et Écocide. De la sorte je n'oublie rien et ça vous a une allure terriblement citoyenne.

La comparaison s'imposait : dès l'orée du quinquennat alors que je parlais du Divin Enfant nous avions vécu le premier crime. 

Notre Dame des Landes est un authentique crime du Gouvernement contre l'État. Au seul motif qu'il fallait évacuer une grosse centaine d'occupants rebelles de terrains illégalement occupés interrompant ainsi la construction entamée d'un équipement mille fois validée par la loi et un référendum pare-feu, le projet est jeté aux orties et les zadistes triomphent. Le fait que cette situation fut le résultat de faiblesses antérieures de l'homme de Léonarda ne pouvait servir de justification au refus, déjà, d'exercer l'autorité de l'État pour acter la décision de celui-ci. Cependant le dommage était subi par l'autorité de l'État sans que le préjudice soit économiquement évident. La chose est gravissime mais il n'est pas évident qu'elle ait été coûteuse. L'ensemble des citoyens fut lésé dans son pouvoir de décision mais sans que chacun ait eu à en supporter le coût. 

Fessenheim est une toute autre affaire, le  Crime contre la Nation d'une pureté cristalline.

Un accord électoral préalablement concocté par Martine Aubry et sa compère la Duflot qui comporte la fermeture de 24 réacteurs nucléaires dont la plus ancienne Fessenheim, est passé en 2007 entre Hollande et la Duflot, qui deviendra Ministre du gouvernement Ayrault pendant deux ans avant d'exercer ailleurs son talent. Cet accord après un long parcours médiatique et politique prend forme sous la forme du décret d'avril 2017 qui laisse un vaste espace aux retards à son application. Ce parcours est aussi celui de Ségolène Royal, Ministre de l'Énergie d'avril 2014 à février 2016, marqué par la Loi de Transition Énergétique pour la Croissance Verte d'août 2015. Cette loi inclue deux inepties dont la principale est, à rebours de l'esprit de la loi, la réduction de la part du nucléaire à 50 % de la production nationale d'électricité. Supprimer des sources d'énergie entièrement décarbonnée est en contradiction avec l'objet de cette loi. De surcroit il semble que soit entérinée la possibilité de privatiser le Barrages d'EDF… Je défie qui que ce soit de trouver l'article dans le texte de la loi qui n'est qu'une cascade de report à des ordonnances ou décrets, chacun illisible par un lecteur "ordinaire". Le décret de 2017 sera invalidé en octobre 2018 par le Conseil d'État qui constate qu'EDF n'a pas demandé cette fermeture. Je passe l'imbroglio sur "j'attends Flamanville" pour fermer Fessenheim qui révéla une fois encore dans quel marécage est engluée la politique énergétique de la France.

Le résultat est que le Benêt, le Premier Ministre, le ministre Borne de la transition…et  Mesdames Poirson et Wargon ne manifestent aucun intérêt à ce dossier, qu'ils doivent tous considérer comme un détail, une de ces choses qui arrivent, une sottise d'un prédécesseur pourtant renié et peu importe l'opinion unanime et grondante qui met en cause l'ensemble de cette inutile et dispendieuse affaire.

Aucun intérêt sauf :

En novembre 2018, Emmanuel Macron annonce le report de la fermeture à l'été 2020. En 2019, la fermeture de Fessenheim est confirmée pour 2020, malgré les retards de l'EPR  de Flamanville. Emmanuelle Wargon, Secrétaire d'État à la Transition écologique, annonce le 26 septembre 2019 la fermeture de la centrale pour juin 2020 : « Les réacteurs vont fermer pour le premier d'entre eux en février 2020, pour le deuxième en juin ».   Wiki 

Aucun intérêt si ce n'est que la connerie est définitivement localisée chez et endossée par le Benêt qui dans la stupidité gagne un galon supplémentaire pour atteindre le grade disputé de Roi des...

La décision maintenue en dépit de toute logique et de quelque façon qu'on la considère, au-delà de sa bêtise absolue est "en même temps" une perte de patrimoine et une perte de revenue sur une durée qui, devrait la définir pour évaluation, d'au moins 20 ans.

Sur ce point et compte tenu que la fermeture est actée par la Wargon, l'ASN se garde bien de donner un chiffre de prolongation de vie mais on sait que toutes les autres unités, à quelques réserves près, bonne pour le service 10 ans encore. Elle précise donc :

L’ASN considère que la performance de la centrale nucléaire de Fessenheim reste à un niveau satisfaisant en matière de sûreté nucléaire, tant au plan de l’exploitation des réacteurs que de la mise en œuvre des programmes de maintenance des installations ; l’installation se situe favorablement par rapport à la moyenne nationale dans les domaines de la sûreté et de l’environnement, et dans la moyenne dans le domaine de la radioprotection.  Rapport 2019

Un petit calcul simple : Fessenheim, 2 réacteurs de 900 MW avec un facteur de charge (rendement) de .75 

1800 x 0.75  =  1350  MW fonctionnant 8.800 heures en un an produisent  11. 85  TWh.

En adoptant un prix de vente de cette électricité à 60 Euros le MWh le revenu annuel de Fessenheim sera donc de 11.350.000 MWh  x  60 E soit 713 Millions d'Euros.  

Si comme je le crois son espérance de vie est de 20 ans, et en réalité bien davantage on parle de 1.4 milliard de manque à gagner pour…

Pour l'État propriétaire à 94 % de cette centrale, pour moi, petit actionnaire ridiculisé et pour la Nation amputée de quelques milliards de patrimoine et pour EDF victime d'une incompréhensible coalition Commission  Européenne et État Français œuvrant à  son démantèlement.

Mais ces jours ci, le Benêt n'est plus à quelques milliards près.

Ne comptons pas la mise en déshérence d'une région dont l'activité repose sur les emplois et les services liés à ce système industriel. Cela fait des années que les élus gémissent, s'arrachent les cheveux et mettent en garde sur les problèmes économiques résultant de cet arrêt d'activité. Peut-être souffrons-nous d'un excès d'activité et sans doute est-il utile de rajouter quelques centaines voire milliers de chômeurs à un réservoir insuffisamment rempli. Grand silence de notre Ministre de l'Économie.

Que compte la désorganisation économique et sociale d'une portion du territoire au regard de la satisfaction de la promesse de Aubry à Duflot au primaires socialiste du PS en 20

Tout ceci sans l'ombre d'une justification.

Pour l'Écocide le dossier est plus simple : le Benêt qui sauve la planète de ses blanches mains arrête une centrale qui ne produit pas de CO2 pour la remplacer par de l'air et du vent, quelques rayons de soleil et de la dette contractée pour l'importation de bazars qui font de l'électricité quand ça leur plait et que nous ne fabriquons pas. Je lis que même le génie civil des fondations des monstres à pales est réalisé par des ouvriers venus d'ailleurs, les jeunes français étant harmonieusement distribués entre les facultés de lettres ou de droit ou déjà inscrits au RSA et autres forme du chômage.

Mais ces trucs-là ont un passif carbone qui n'est jamais pris en considération ce qui est naturel car il s'agit de CO2 produit ailleurs. Une maigre consolation est que les éoliennes  n'auront pas une durée de vie comparable au demi-siècle et plus de Fessenheim.

Dans la succession de galettes organisées en gâteau, je mets NDDL en galette support posée sur le plateau de la pâtisserie à venir.

Entre les galettes successives j'étale les nombreux épisodes de repentance en forme de crème pâtissière, bien dégoulinante et si on y prête attention tout à fait répugnante. Et parfois révoltante.

Tout naturellement Hulot, à lui tout seul avec sa triste mine de hibou mécontent a fourni matière à plusieurs galettes que je n'évoque pas car je l'ai fait tant de fois. Trop triste; très amer.

Dans les galettes croustillantes je mets la très épaisse réforme du prélèvement à la source. Ref 4 fév 2018

Moins craquante la présentation du projet de loi sur la réforme des retraites mais savoureuse d'impréparation, d'amateurisme.

La cerise sur le Gâteau est justement l'objet de ce papier, le Crime contre la Nation, l'infamie de Fessenheim. 

J'avais oublié avoir écrit en janvier dernier une page de carnet contenant une grande partie, de fait la majeure partie de celle d'aujourd'hui. Ce bout de carnet contient d'ailleurs d'autres remarques et mérite qu'on y retourne. En particulier je cite le gag des stocks de batteries qui permettent aux machines qui ne font quasi-pas d'électricité de la stocker pour ne pas perturber le réseau…Ref 22 janv 2020

D'avoir oublié cet article écrit il y a juste 5 mois est un bien triste témoignage du rapide déclin du Naïf et de l'effritement de sa mémoire. 

2 juillet 2020

Considérant la mort cérébrale des Républicains et leur atonie générale le recours à l'abstention me parait être la seule possibilité d'exprimer un mécontentement profond…

Allez, je blague.

J'ai une amie âgée de 40 ans, adoptée quasiment après sa naissance dans un pays lointain par un couple de professeurs d'une cité importante de province. Elle vécut son enfance en compagnie de trois autres enfants adoptés dans d'autres pays et tous les quatre sortis de conditions difficiles d'abandon et de détresse.

Cette amie me dit que sa vie de famille fut à tous égards, non pas exempte de tous les petites difficultés que connaissent toutes les familles mais en la comparant à celles des personnes qu'elle fréquenta elle me dit que l'affection qui régna dans leur clan lui fait mesurer chaque jour la chance et l'amour qui ont veillés sur leur fratrie. C'est en pensant à elle que je reviens sur ce sujet dramatiquement sali par une idéologie destructrice.

Crime contre Sapiens

L'organisme soumis à des doses régulières d'un poison développe, dit-on, une tolérance qui le protégerait de doses plus importantes visant, par exemple à le tuer. Cela s'appelle la mithridatisation du nom d'un roi grec qui a craint toute sa vie un empoisonnement criminel et possiblement familial.

Cette accoutumance ne fonctionne pas pour moi qui suis par construction un Naïf certifié immune.

Sans doute cela explique que je ne m'habitue pas aux doses d'idéologie qui empoisonnent et polluent notre "environnement" médiatique, politique et in fine intellectuel pour autant que l'emploi de ce dernier attribut soit justifié.

La liste de ces idéologies polluantes est longue et croit chaque jour sur le terreau des manifs en tout genre et des banderoles qui les illustrent. C'est que la colère grogne dans les populations, repues assistées et désœuvrées qui s'opposent à tout ce qui leur rappelle l'existence de l'État qui les nourrit et donc implicitement aux citoyens du royaume, je veux dire les contribuables endosseurs de la dette.

Dans ces carnets, le sujet de l'écologie et l'usage fait du terme par des têtes d'œufs fut largement couvert et on ne peut rien ajouter sauf à remarquer que, enfin, le gouvernement après la sottise du benêt avec sa convention citoyenne en arrive à proposer des mesures d'économies ordinaires. 

Dans ces carnets à l'automne 2019 le sujet PMA-GPA donna lieu à plusieurs commentaires. Je les avais oubliés et j'y suis donc revenu. Tout y est et je n'y ajouterai rien. Le pire est prévu mais il restait l'espoir que revienne le sens commun.

PMA et GPA tout le tralala et le don du sang dans tout ça  13 08 2019 ; La médecine est un cheval de Troie (1) du 01 09 2019  et (2) du 25 09 2019 ; À cœur vaillant rien d'impossible du 29 09 2019.

Mais le pire va se produire, le Crime va se commettre dans l'indifférence d'une classe politique soumise à la parole d'une secte sous les yeux d'un Président que je n'ose plus qualifier et qui brasse du vent, comme une girouette inutile.

Toutes les armes du crime sont prêtes et affutées. Et tous les aspects de ce qui caractérise la sociabilité d'Homo Sapiens sont chirurgicalement extraits et jetés au panier. Adieu famille, nom, filiation et vive la chimère et l'embryon à usage multiple chez Picard à trois pour le prix de deux ou mieux chez Leroy Merlin qui fournit en plus le matériel de bricolage génétique. Chacun garantit que la chaine du froid n'a pas été interrompue. C'est une chance !

Le désir d'enfant qui s'est d'abord transformé en un droit à l'enfant est devenu un droit d'acquérir un enfant par tous les moyens que la main invisible propose sur le marché…. de détail.

Un petit pas en avant on passera à la création en série. Hitler frétille d'aise, son vieux rêve prend forme faute de prendre figure humaine.

Récemmnt dans ce carnet, (Crime contre la Nation et... du 2 juillet 2020) je définissais le Crime contre la Nation et le Crime contre l'État en m'appuyant sur deux affaires exemplaires à l'occasion desquelles Macron a commis ces deux crimes.

Je me souviens aussi des définitions proposées en leur temps pour le Génocide et le Crime contre l'Humanité qui depuis donnent la base juridique pour qualifier les comportements criminels, Hélas fréquent de chefs de guerre de toute dimension, de tyrans stables dans leurs exactions et de chef d'État à visée impériale qui élimine des fractions importante de leur population à des fins politiques, religieuses ou banalement de rejet ethnique.

Ici nous avons une autre dimension qui est la mise en cause et en grand péril de tout ce qui constitue depuis que Sapiens peuple notre terre les fondements de nos sociétés.

Les constructions érigées sur ces fondations ont toujours été imparfaites, fragiles et comme on le dit souvent pleines du bruit et de la fureur des habitants, des exclus et des étrangers.

L'histoire, notre histoire est faite des évènements qui illustrent toujours dramatiquement l'éternelle difficulté que rencontre l'Homme à vivre en société.

Ici nous quittons la dimension de crimes que les hommes commettent entre eux, dans l'intimité de l'espèce même si souvent leur ampleur et leur férocité conduisent à douter de l'humanité des auteurs

 Ici nous sommes dans la mise en cause de l'Homme mis hors le cadre social autrement que comme un objet de désir immédiat et par une évolution que personne ne pourra stopper, de consommation d'un produit disponible sur commande au goût de la clientèle du désir d'achat. L'idée est que le sperme du mâle peut à loisir être produit, stocké et distribué à la demande ; et l'ovocyte de la femelle peut se donner, s'échanger et naturellement se stocker comme tout produit congelé. L'ovocyte  s'ajoute au catalogue du sperme mais avec une facilité d'échange accrue, entre femelle s'entend ! La main invisible se charge du reste, promotion, palettes de couleurs, de taille… Les incertitudes résultant de l'anonymat du donneur mâle disparaissent en requérant moyennant compensation à du sperme de qualité avec cotation et certification.

Avec le travail du mécanicien du génome travaillant au ciseau, on parviendra au produit parfait qui certainement, considérant les ingrédients de base pourra se reproduire avec un humain de tradition ou avec un autre presque-lui-même ou un autre modèle spécial. Après achat, si toutefois le propriétaire estime qu'il peut trouver mieux en montant en gamme il se défait de son premier achat.

Un marché de l'occasion sera à organiser.

On peut penser à une blague, mais on sait que tout cela s'est produit au pays de la liberté avec le commerce de l'adoption. America first !

Je qualifie ce désir de fabriquer de l'Homme de Crime contre l'Espèce, de Crime contre Sapiens 

Cette page de carnet fut écrite avant la dernière présentation de cette proposition scélérate ait été soumise à la Chambre hier 30 juillet et donc avant que les députés, enfin présents et le gouvernement enfin présent ne rejettent certaines modifications (bricolages) de la commission Touraine tout en conservant, en dépit du désaccord du gouvernement des mesures relatives à la levée de l'anonymat des donneurs de sperme.

Pour moi qui suis fondamentalement hostile au don de sperme les  mesures y afférant sont "of course" vide de sens.

Donc ce papier concerne davantage les intentions du sieur Touraine que le texte adopté. Cependant il est probable que le gouvernement demande une seconde délibération…

Mais amendée ou pas, votée ou pas la loi dans son ensemble relève bien du Crime contre Sapiens.

Finalement, comme je le fais souvent je rajoute une chronique, aujourd'hui de Bellamy, que j'ai trouvée claire et suffisamment précise pour que le lecteur saisisse l'ampleur du mal 

31 juillet 2020

François-Xavier Bellamy: «Bioéthique, une fuite en avant irresponsable»

 Alors que la crise sanitaire a révélé les faiblesses de notre système de santé et que la priorité devrait être à la relance, l’examen en plein été du projet de loi bioéthique ne peut qu’être un choix idéologique, estime le philosophe et député européen*. Pourtant, ce texte mériterait un débat plus approfondi, tant il ouvre des possibilités vertigineuses, préparant l’arrivée de certaines formes d’eugénisme et même de gestation pour autrui.  Le Figaro  26 juillet

Pourquoi une telle accélération? Au lendemain d’une pandémie mondiale, à la veille d’une crise économique inouïe, l’Assemblée nationale se réunit cet été en session extraordinaire. Un texte examiné en priorité: l’ouverture de la «PMA pour toutes»… Il y a des urgences qui trahissent des obsessions idéologiques plutôt qu’elles ne répondent aux besoins vitaux de la société. Ce n’est, il est vrai, pas nouveau: depuis l’annonce de cette mesure en septembre 2017, le gouvernement aura mis beaucoup d’énergie pour dissimuler, à défaut de pouvoir les résoudre, les nombreux problèmes causés par cette réforme.

Agnès Buzyn consacrait ses efforts à la question de savoir «si un homme à l’état civil pourrait devenir mère», ou comment l’Assurance-maladie pourrait rembourser une prestation en l’absence de toute maladie. Pendant ce temps, l’hôpital public traversait une crise majeure, le même gouvernement déremboursait des médicaments pour soigner la maladie d’Alzheimer, et personne ne s’occupait du fait que nos derniers stocks stratégiques de masques étaient en train de pourrir, grignotés par des rongeurs. Quelques semaines plus tard, les infirmières allaient être contraintes de se bricoler des blouses de protection avec des sacs-poubelles ; c’est qu’au moment où la pandémie explosait en Chine, notre ministre de la Santé était trop occupée en commission spéciale à l’Assemblée nationale à démêler les nœuds inextricables que sa propre réforme causait. Des difficultés susceptibles de fragiliser toute l’architecture de notre droit de la santé et de la famille… Rappelons en effet que cette mesure, au bénéfice de quelques centaines de personnes par an, représente selon le dernier avis pourtant favorable du CCNE* «le risque d’une déstabilisation de tout le système bioéthique français».

*Comité consultatif national d'éthique note du Naïf

Il y a seulement trois ans, le même CCNE décrivait comme un «point de butée» le fait de «ne pas s’engager dans un processus qui organiserait l’absence de père, ou considérer (…) que l’on ignore encore aujourd’hui comment les sujets concernés vont se construire dans ces nouvelles situations». Mais que voulez-vous, au nom du désir de l’adulte, un point de butée, ça s’ignore, ça s’aplanit, ça s’efface. Et c’est de façon parfaitement cohérente que les députés de la majorité ont, au cœur de l’été, dans l’apathie et l’indifférence générale, supprimé ces mots de la loi: «Nul n’a le droit à l’enfant.» Vous souvenez-vous de ceux qui juraient leurs grands dieux, il y a quelques années, il y a quelques semaines encore, que jamais il n’y aurait de «droit à l’enfant»? Désormais la technique sera sommée de vous le fournir si vous ne voulez pas d’un père - et demain, pourquoi faire semblant de le nier, la mère deviendra à son tour superflue, aucune raison qu’elle échappe à l’égalité en marche, n’est-ce pas.

Car c’est au nom de l’égalité qu’on a martelé ce sophisme: si la PMA est ouverte aux couples hétérosexuels, elle doit l’être aussi aux couples homosexuels. Il faut le redire encore: la procréation n’était assistée par la médecine que parce qu’une infertilité biologique empêchait un couple hétérosexuel d’avoir un enfant. Désormais, on demande à la médecine d’intervenir hors de toute pathologie, non pour rétablir l’équilibre ordinaire des corps, mais pour s’en affranchir. Point de départ d’une logique qui ne peut que nous conduire à repousser bien d’autres «points de butée», au nom de l’alliance toute-puissante du désir et de la technique contre les limites naturelles de nos corps, et les frustrations qu’elles nous causent. Alors que le premier ministre nous veut «tous écologistes!», l’histoire retiendra que son gouvernement aura commencé par cette terrible contradiction…

«Tous écologistes», vraiment? Au lendemain d’une pandémie révélant le danger des maladies transmissibles entre espèces, la loi autorise la création d’embryons transgéniques ou chimériques, mêlant des cellules-souches humaines et animales. Elle assouplit les règles de recherche sur l’embryon humain, qui devient un matériau de laboratoire comme un autre. Elle ouvre la voie à la levée de l’anonymat du don de gamète, déstabilisant dans son principe tout le modèle français en matière de don d’organes. Le gouvernement, trop occupé par le remaniement, ayant déserté la commission spéciale, les députés de la majorité se sont affranchis des dernières précautions qu’ils s’étaient eux-mêmes imposés en première lecture, avec une légèreté sidérante. Ils ont rétabli le remboursement de la PMA par l’Assurance-maladie: le CCNE avait pourtant conditionné son avis favorable à l’interdiction de ce remboursement… Ils ont supprimé les mesures proposées par le Sénat pour contrer les fraudes en cas de GPA à l’étranger ; ils ont même adopté une technique apparentée, dite de la ROPA, qui permet à une femme de porter l’ovocyte d’une autre.

Plus terrible encore, sans doute: ils ont élargi la possibilité du tri sur les embryons via un DPI étendu aux maladies chromosomiques. Derrière l’abstraction de ces termes techniques, il y a un projet simple, demandé par le député Philippe Vigier il y a quelques semaines à la tribune de l’Assemblée: «Il faut traquer, je dis bien traquer, les embryons porteurs d’anomalie.» Agnès Buzyn elle-même s’y était opposée, dénonçant une «dérive eugénique claire» ; et plusieurs députés LREM, concernés comme parents ou comme soignants par le handicap, avaient exprimé leur désarroi devant cette revendication. Quelle société sommes-nous en train de construire? C’est tout notre rapport à nos corps, à la technique médicale, et à la condition humaine elle-même, qui est sur le point de changer. Pour tous… Tous éligibles au droit à l’enfant, produit sur commande, sélectionné et financé. Ou tous liés par une condition humaine imparfaite, tous porteurs d’anomalies et de défauts plus ou moins visibles, mais capables pourtant de reconnaître la valeur infinie de toute vie, et d’en prendre soin telle qu’elle est - tous écologistes, vraiment!

Alors que les Français sont légitimement préoccupés par les nouvelles du front sanitaire et économique, leurs représentants s’apprêtent à voter en leur nom l’entrée dans un autre monde - celui qui remplacera à terme, de l’aveu même du rapporteur de cette loi, l’engendrement naturel de l’enfant par la procréation technique et sa sélection organisée. Bien sûr, il est confortable de se laisser endormir par la fable du progrès souriant face à l’obscurantisme ronchon ; mais il n’est personne d’un peu sérieux qui ait suivi ces débats et qui ne mesure, quelle que soit la position, l’ampleur de ce qui est en jeu. Le CCNE reconnaît des «changements anthropologiques majeurs.» Le simple respect de la démocratie supposerait de laisser le débat reprendre normalement en septembre, pour permettre au moins aux Français de savoir ce que leurs élus veulent faire des voix qu’ils leur ont confiées.